Lyon compte plus d'une centaine de murs peints et se revendique pionnière du muralisme en Europe depuis les années 1980. Le street art à Lyon se joue sur deux registres qui n'ont presque rien à voir : les grandes fresques commandées, souvent monumentales, et le graffiti spontané des pentes de la Croix-Rousse. Nous avons parcouru les deux, photographié les œuvres et cartographié l'itinéraire.
★ À retenir
- Le Mur des Canuts couvre 1 200 mètres carrés et reste le plus grand trompe-l'œil d'Europe.
- Les pentes de la Croix-Rousse concentrent le graffiti libre, le reste de la ville les fresques commandées.
- Une coopérative lyonnaise fondée en 1978 est à l'origine de la majorité des murs peints de la ville.
- La Fête des Lumières se tient chaque année autour du 8 décembre, sur quatre soirées.
La carte de l'itinéraire
Les points bleus correspondent aux œuvres du quartier des pentes de la Croix-Rousse, qui se visitent à pied en une boucle. Les points rouges regroupent les grandes fresques disséminées dans le reste de la métropole, pour lesquelles il faut prévoir des transports.
Pourquoi Lyon est la capitale du mur peint
💡 Le savais-tu ?
La densité de fresques lyonnaises n'a rien d'un hasard. Elle tient à une coopérative d'artistes fondée en 1978 dans la banlieue sud de Lyon, CitéCréation, qui réunit environ quatre-vingts peintres, architectes et paysagistes. Elle a signé la majorité des grands murs peints de la ville, du Mur des Canuts à la Fresque des Lyonnais, et exporte depuis quarante ans ce savoir-faire dans le monde entier. Lyon n'est pas devenue la capitale européenne du muralisme par accident, elle l'est devenue parce qu'une entreprise locale en a fait son métier.
Cette double origine explique la coexistence de deux mondes dans la même ville. D'un côté des commandes publiques ou privées, en trompe-l'œil, pensées pour raconter l'histoire d'un lieu. De l'autre une scène graffiti libre, concentrée sur les pentes, où les murs changent d'un mois à l'autre. Les deux relèvent de l'art urbain, mais pas des mêmes techniques ni du même rapport à l'autorisation, comme détaillé dans notre article sur les techniques du street art.
Les pentes de la Croix-Rousse, œuvre par œuvre
Situé dans le 1er arrondissement, ce quartier est de très loin le plus dense de la ville en art urbain. Tags, graffitis, pochoirs et fresques s'y superposent, et la liste ci-dessous n'est pas exhaustive. Compte deux à trois heures de marche, en montée.
La rue Sainte-Catherine

Rue de bars et de restaurants, plus animée le soir que la journée. Les dessins se concentrent autour des entrées et sur les rideaux métalliques des commerces, ce qui en fait un cas d'école du graffiti négocié avec les commerçants. La photo montre les peintures qui entourent le café SOFFFA.
Les escaliers Mermet

Accessibles depuis la rue René Leynaud par un petit passage, les quatre-vingts marches qui montent vers la rue Burdeau ont été peintes par l'artiste Wenc lors du festival Peinture Fraîche en 2019. Le motif transforme la volée en fond marin. D'autres pièces occupent les murs du passage, dont un père Noël au sucre d'orge.
Le jardin Burdeau

Petit jardin accessible depuis la rue Burdeau, entièrement bordé d'œuvres. La rue elle même compte trois galeries d'art, Le Réverbère, NörKa et Unique en Série, ce qui en dit long sur la manière dont ce quartier a basculé.
La rue des Tables Claudiennes

Au croisement avec la rue Pouteau, les portes du bâtiment d'angle portent deux personnages tenant des verres. D'autres pièces jalonnent la rue sur toute sa longueur.
Fouapa, montée de la Grande-Côte

L'artiste lyonnais Fouapa décompose ici une basket Nike en ses éléments, dans un registre proche de la planche technique. Son travail joue systématiquement sur la couleur et le détournement d'objets du quotidien.
Britt Tamalet, Jalb38 et La Dactylo, rue de Neyret

Britt Tamalet et Jalb38 se sont associés pour cette fillette juchée sur un éléphant. Sur le même mur, l'artiste La Dactylo, qui travaille exclusivement le jeu de mots peint, a inscrit « Un univers et désastres » sous l'animal. Deux pratiques opposées, l'image et le texte, sur un support commun.
Brusk, montée de la Grande-Côte

Sur le pan de mur du café Ka'Fête O Mômes, cette pièce très colorée de Brusk porte un message écologique explicite. C'est l'une des plus grandes du quartier et l'une des rares à être visible de loin.
Jibé

Juste en face de la fresque précédente, dans la même montée. Le dialogue entre les deux murs se lit en tournant la tête, ce qui est fréquent dans ce quartier où les artistes se répondent.
Klit in da street, esplanade de la Grande-Côte

Réalisée par Underthndr en collaboration avec meuf.fuckthebuff. Le projet consiste à peindre des clitoris dans l'espace public pour en banaliser la représentation, dans une démarche militante assumée.
La maison de l'impasse Beauregard

Une maison entière traitée comme un support, avec deux visages féminins robotisés et un inventaire d'objets peints, tronçonneuse, appareil photo, rouge à lèvres. Le genre de pièce qui n'existe que parce que le propriétaire l'a voulue.
Jalb38 et le Black Lives Matter Project

Jalb38 est pochoiriste et participe au Black Lives Matter Project, qui vise à diffuser dans la rue les figures afro-américaines des droits civiques. Le mur associe le drapeau américain, le logo du mouvement et quatre portraits de femmes, dont Harriet Tubman, Rosa Parks et Billie Holiday.
Street Heart

Une rose entourée de cœurs, dont la forme évoque volontairement l'organe. Le titre joue sur les deux lectures.
Le bâtiment de la rue Lemot

Au croisement avec la rue Pouteau, juste avant les escaliers Shore. Le bâtiment et l'entrée de garage sont intégralement recouverts, ce qui donne l'un des angles les plus photographiés du quartier.
Les escaliers Shore

L'escalier de la rue Pouteau porte un lettrage rose lisible depuis le bas, « Tokup Shore », signé de l'artiste Shore. C'est du lettrage pur, à distinguer des fresques figuratives qui dominent ailleurs dans la ville.
Le point de vue de la rue des Fantasques

Depuis ce belvédère, on distingue des têtes de personnages et des graffitis au sommet du bâtiment d'en face, invisibles depuis la rue. Un rappel utile : dans ce quartier, beaucoup de pièces ne se voient que d'un point précis.
Le graffiti Laser

L'escalier qui relie la montée Saint-Sébastien à la rue des Tables Claudiennes est couvert de pièces à la bombe, dont un grand lettrage où l'on lit « laser ».
Le poisson de la montée de l'Amphithéâtre

Sur le flanc du bar La Grooverie, un poisson géant dont le corps est composé de maisons. Le motif aquatique revient souvent dans une ville bâtie entre deux fleuves.
Les escaliers Prunelles

En 2015, l'artiste Genaro Lopez a coloré les marches de la rue Prunelles en associant les habitants au chantier. C'est l'un des rares exemples d'art participatif du quartier, et ça se voit dans le résultat, moins virtuose mais plus approprié par les riverains.
La fresque de l'ELEPHANT Vintage Store

Rue des Augustins, la devanture de l'ELEPHANT Vintage Store porte l'animal qui lui donne son nom. Fin de la boucle des pentes.
Les grandes fresques lyonnaises
On change complètement de registre. Ici, plus de graffiti spontané mais des commandes, des surfaces qui se comptent en centaines de mètres carrés, et un objectif documentaire assumé : chaque fresque raconte l'histoire de l'endroit où elle se trouve. Suis les points rouges de la carte, ces œuvres sont dispersées dans toute la métropole.
La fresque de la place des Tapis

Ce pan de mur du quartier de la Croix-Rousse est intégralement repeint chaque année, ce qui en fait le seul grand mur volontairement éphémère de la ville. L'œuvre visible sur notre photo n'est donc plus en place, va voir ce qui l'a remplacée.
Le Mur des Canuts, le plus grand trompe-l'œil d'Europe

C'est la pièce maîtresse. Réalisé par CitéCréation en 1987 sur une façade aveugle de 1 200 mètres carrés, le Mur des Canuts est le plus grand trompe-l'œil d'Europe. Il représente une rue en perspective avec sa volée d'escaliers, ses immeubles à hautes fenêtres typiques de l'habitat canut, et ses habitants dans leur quotidien.
Sa particularité est qu'il vieillit. Actualisé une première fois en 1997, puis en 2013, il intègre les transformations du quartier et fait littéralement grandir ses personnages : la petite fille de six ans peinte en 1987 en avait seize dix ans plus tard, et le jeune homme qui portait son vélo y est devenu père de famille. À l'angle du boulevard des Canuts et de la rue Denfert-Rochereau, dans le 4e, métro C arrêt Hénon.
La Fresque Végétale Lumière

Rue de l'Annonciade, cette œuvre de 650 mètres carrés occupe un mur entier de la clinique Saint-Charles. Elle combine trois photographies de Yann Arthus-Bertrand, des compositions végétales verticales réalisées par la société Canevaflor, et un éclairage conçu spécifiquement. Le propos est écologique, et le dispositif l'illustre autant qu'il l'affiche.
La Fresque des Lyonnais

Huit cents mètres carrés signés CitéCréation en 1995, à l'angle de la rue de la Martinière et du quai Saint-Vincent dans le 1er. La fresque met en scène vingt-cinq figures historiques et six personnalités contemporaines, sur deux mille ans d'histoire lyonnaise. Comme le Mur des Canuts, elle est actualisée au fil des événements.
L'hommage à Tony Tollet

À quelques pas de la précédente, rue Pareille. Le bas du mur reconstitue l'atelier du peintre lyonnais Tony Tollet, né en 1857 et mort en 1953, le haut reproduit quatre de ses toiles. Une fresque sur un peintre, dans une ville qui a fait de la peinture murale sa signature.
La Bibliothèque de la Cité

Quatre cents mètres carrés peints par CitéCréation en 1998, représentant une bibliothèque dont tous les ouvrages sont signés d'auteurs originaires de Lyon et de la région. Le trompe-l'œil est assez précis pour qu'on puisse lire les tranches.
Thank You Monsieur Paul

Face aux Halles de Lyon Paul Bocuse, cette fresque a été inaugurée en 2015 pour les cinquante ans des trois étoiles du chef au guide Michelin. Elle est due à une initiative de Gilbert Coudène, cofondateur de CitéCréation.
Les fresques de la Sarra, 3 000 mètres carrés

C'est le morceau le plus impressionnant de la ville et le moins connu. Quatre barres d'immeubles de la SACVL, rue Pauline Jaricot dans le 5e, traitées par CitéCréation en 2003 sur une surface de 3 000 mètres carrés, ce qui en a fait le plus grand trompe-l'œil du monde. L'ensemble donne à une résidence des années soixante l'apparence d'un cœur de ville romain, médiéval et Renaissance, avec des habitants peints dans leur quotidien.
Le Mur du Cinéma

Cinq cents mètres carrés dans le 7e, peints en 1996. La fresque met en scène les films tournés à Lyon et rend hommage aux frères Lumière, dont la première projection publique remonte à 1895, avec la sortie de leur usine lyonnaise comme premier sujet filmé.
La fresque de Montluc

Sur le mur d'enceinte de l'ancienne prison de Montluc, dans le 3e, visible depuis la rue du Dauphiné. Le lieu est un site mémoriel de la Seconde Guerre mondiale, et la fresque associe deux enfants, un mémorial aux victimes et le portrait de Jean Moulin, qui y fut détenu.
Le Musée Urbain Tony Garnier

Vingt-cinq murs peints sur les pignons d'un ensemble de logements sociaux du boulevard des États-Unis, réalisés entre 1989 et 2001. C'est la plus forte concentration de fresques de la ville sur un seul site, et elle rend hommage à Tony Garnier, architecte lyonnais qui conçoit dès 1904 sa Cité industrielle comme un manifeste d'urbanisme moderne. Plusieurs murs ont été choisis par les habitants eux mêmes parmi des propositions d'artistes internationaux.
L'espace Diego Rivera

Rue Georges Gouy, CitéCréation a peint trois murs en 2007 pour le cinquantenaire de la mort du muraliste mexicain. Deux subsistent aujourd'hui, face à face. L'iconographie renvoie à l'histoire du Mexique, avec ses pyramides mésoaméricaines, aztèques et mayas, et non incas comme on le lit parfois, les Incas étant andins.
La Halle Debourg et le festival Peinture Fraîche

Dans le 7e, à quelques rues de l'espace Diego Rivera, la Halle Debourg accueille le festival Peinture Fraîche, qui réunit des artistes français et internationaux. L'extérieur du bâtiment porte plusieurs pièces permanentes, dont cet oiseau monumental signé de l'artiste chinois DALeast.
La fresque du Confluent

Créée en 2016 par CitéCréation, face à la jonction du Rhône et de la Saône. Accessible depuis la rue des Balanciers et l'avenue du Soleil.
La fresque de la Renaissance

Réalisée en 1986 par la Cité de la Création, donc antérieure au Mur des Canuts, et modifiée en 2013. La composition met en scène un accouchement dans le feu, dans un registre nettement plus symbolique que le reste de la production lyonnaise.
La fresque de l'église Saint-Just

Soixante-dix mètres carrés au 9 rue des Macchabées, dans le 5e, sur le site des vestiges des basiliques successives de Saint-Just. La fresque s'appuie sur le Plan Scénographique de Lyon de 1550, et l'extrémité du site offre une belle vue sur la ville.
Lada Poch, d'après Frank Margerin

La fresque reprend l'univers de la bande dessinée Lucien de Frank Margerin, avec ses personnages engagés dans un Paris-Dakar improbable à bord d'une Lada.
Invitations au Voyage en Ville

Un ensemble de sept fresques visibles depuis l'avenue Lacassagne, dans le 3e, qui retracent l'histoire des Transports en Commun Lyonnais.
Mosaïques et Space Invaders

L'artiste Invader installe depuis 1996 des mosaïques de carrelage inspirées du jeu Space Invaders dans les villes du monde entier. Lyon en compte plusieurs dizaines, et leur nombre évolue à chaque passage de l'artiste. L'application FlashInvaders, lancée en 2014, transforme la recherche en jeu de piste : tu photographies la pièce et l'application la reconnaît et compte les points.
D'autres mosaïques urbaines n'ont rien à voir avec Invader. C'est le cas du travail de l'artiste lyonnais In the Woup, dont le projet Mario Worldz décline le personnage de Mario Bros en costumes successifs, dans le même vocabulaire pixellisé.
La Fête des Lumières
La Fête des Lumières se tient chaque année autour du 8 décembre, sur quatre soirées, et transforme les façades et monuments de la ville en supports de projection. C'est le seul moment où le mapping vidéo, technique décrite dans notre article sur les techniques du mouvement, devient le langage dominant de la ville entière.
L'origine est religieuse. En 1643, alors que la peste menace, les échevins de Lyon font vœu de rendre hommage chaque année à la Vierge si la ville est épargnée. En 1852, la communauté commande une statue dorée au sculpteur Joseph-Hugues Fabisch pour le clocher de Fourvière. La cérémonie prévue le 8 septembre est reportée au 8 décembre à cause d'une crue de la Saône, et les Lyonnais illuminent spontanément leurs fenêtres ce soir là. La tradition des lumignons est née de ce report.
La dimension artistique est beaucoup plus récente : c'est en 1989 que la municipalité décide d'illuminer les monuments historiques et de commander des créations à des artistes. Aujourd'hui, l'événement attire plusieurs millions de visiteurs.
Préparer la visite
| Zone | Accès | Ce qu'on y voit |
|---|---|---|
| Pentes de la Croix-Rousse | Métro A ou C, Hôtel de Ville. Deux à trois heures à pied, en montée | Graffiti libre, pochoirs, escaliers peints, murs qui changent souvent |
| Plateau de la Croix-Rousse | Métro C, arrêt Hénon | Le Mur des Canuts et la fresque éphémère de la place des Tapis |
| Terreaux et quais de Saône | Métro A, arrêt Hôtel de Ville | Fresque des Lyonnais, hommage à Tony Tollet, Bibliothèque de la Cité |
| 7e et 8e arrondissements | Métro B ou tramway, prévoir une demi-journée | Musée Urbain Tony Garnier, Diego Rivera, Halle Debourg, Mur du Cinéma |
Si tu veux prolonger dans d'autres villes, nous avons publié le même type de guide sur le street art à Cannes et sur l'art urbain à Saint-Raphaël.
Pour aller plus loin

Tes questions sur le street art à Lyon
Où voir du street art à Lyon ?›
Quel est le plus grand mur peint de Lyon ?›
Qu'est-ce que la Fête des Lumières ?›








