On vient à Annecy pour le lac et la vieille ville. Le street art à Annecy se trouve précisément ailleurs, et ce n'est pas un hasard : les œuvres ont été volontairement installées hors du centre historique, pour envoyer les visiteurs dans les quartiers qu'ils ne verraient jamais. Voici le parcours complet, œuvre par œuvre, avec les artistes et les adresses.
★ À retenir
- Le parcours La Virée fait cinq kilomètres, rassemble une cinquantaine d'œuvres et se marche en deux heures minimum.
- Le terrain est quasiment plat, donc praticable à vélo.
- Les graffitis sous la rocade sont intégralement repeints chaque année pendant le festival 10/10.
- Tout est gratuit, visible toute l'année et sans horaires.
La carte de l'itinéraire
Nous avons parcouru la ville et pointé chaque œuvre sur cette carte. Les sections qui suivent reprennent le même ordre, regroupées par secteur, pour que tu puisses enchaîner sans revenir sur tes pas.
La Virée, le parcours qui structure tout
La quasi totalité des œuvres présentées ici appartiennent à un même projet. La Virée est un parcours piéton de cinq kilomètres, né en 2019 d'un financement participatif, qui rassemble une cinquantaine de pièces le long du Thiou, du centre d'Annecy jusqu'aux communes rattachées.
Son parti pris est le plus intéressant du projet. Les œuvres sont délibérément installées en dehors de la Vieille Ville, sur des murs, au sol, sous des ponts et dans des recoins improbables, afin de mettre en valeur des quartiers que le tourisme ignore. Le parcours est gratuit, praticable à pied ou à vélo, et une carte est disponible à l'office de tourisme comme à la galerie du collectif.
💡 Le savais-tu ?
Derrière La Virée, il y a Art By Friends, un collectif fondé à Annecy en 2008 par Camille Regnaudin et Adrien Fumex. À l'origine, ce n'était pas une histoire de peinture mais de skateboard. Le collectif s'est ensuite tourné vers la promotion de l'art dans l'espace public, a exposé à Montréal, Bangkok, Hanoï et Brooklyn, et organise le festival 10/10 consacré aux cultures urbaines. Une ville de cette taille dotée d'une cinquantaine d'œuvres publiques, ça ne vient jamais de la mairie seule, ça vient toujours d'un collectif obstiné.
Le parcours en vidéo
Sous les ponts et la rocade
C'est le secteur le plus dense et le plus surprenant, parce que personne n'a l'idée d'aller regarder sous un échangeur. Les piliers de la rocade et les dessous de ponts qui longent le Thiou concentrent l'essentiel des interventions.
Debza, parking des Forges

Originaire de Toulouse, Debza travaille un mélange assez rare de graffiti, de tatouage, de manga et de culture kawaii, et il est reconnu par ses pairs pour sa maîtrise technique. Ici, ce sont de grandes fleurs qui occupent tout le mur, dans une douceur qui contraste avec le lieu. Visible depuis le parking des Forges, 43 avenue de la République.
La Block Party, sous la rocade

Sur la promenade du Thiou, sous le pont du boulevard O, les piliers de béton de la rocade servent de mur libre collectif. Esprit, Laec, Wodzat, Chufy, Koey et Dream y sont notamment intervenus.
Un point à connaître avant d'y aller : ces piliers sont intégralement recouverts chaque année pendant le festival 10/10. Ce que montre notre photo n'existe donc probablement plus, et c'est le principe même de l'endroit. C'est le seul spot vraiment éphémère du parcours, et le seul qui mérite d'être revu d'une année sur l'autre.
Chufy, sous l'avenue du Rhône

Artiste lyonnais, Chufy compose en formes géométriques colorées qui épousent la structure du support. Son intervention sous l'avenue du Rhône date de 2017. Attention à l'orthographe, on lit parfois Chuffy avec deux F, y compris dans les listes d'artistes de la Block Party.
Loraine Motti, pont de la rue André Gide

L'artiste française Loraine Motti puise dans ses séjours en Amérique du Sud. Sa méthode consiste à s'appuyer sur le décor urbain existant pour le prolonger dans un registre imaginaire, plutôt que de le recouvrir. Sous le pont de la rue André Gide.
L'araignée, avenue du Rhône

Un lettrage avec une araignée en son centre, sur le pan de mur d'un bâtiment de l'avenue du Rhône. Contrairement aux autres pièces de cette page, celle ci relève du graffiti spontané plutôt que du parcours commandé.
Grems, lycée Gabriel Fauré

Il faut traverser le Thiou par le pont de l'avenue du Rhône pour arriver devant le lycée. Grems, de son vrai nom Michaël Eveno, est autant connu dans le rap que dans l'art urbain, et sa fresque déploie des formes géométriques colorées sur un fond noir, sur plusieurs mètres de long. Elle a été réalisée dans le cadre du festival Annecy Paysage en 2018.

Près de la gare
Andrea Wan, Connectedness

C'est probablement la pièce la mieux placée du parcours, visible de très loin dans l'alignement de la rue. Andrea Wan est une illustratrice et muraliste née à Hong Kong, qui a grandi à Vancouver avant de s'installer au Danemark puis à Berlin. Cette fresque, intitulée Connectedness, a été réalisée pour La Virée en 2019 et se rattache à sa série d'encres sur papier Exploding Heads. Deux figures féminines dans un univers surréaliste, avenue de Brogny.
La promenade du Saint-Sépulcre
Les fresques de la promenade

Plusieurs pièces jalonnent cette promenade, certaines dissimulées derrière la végétation ou l'aire de jeux. Prends le temps de regarder derrière les arbres, la moitié des œuvres de ce secteur ne se voit pas depuis le chemin principal.
Isaac Holland, la maison rose

Toujours sur la promenade du Saint-Sépulcre, jusqu'à ce que les habitants appellent la maison rose. L'œuvre relève du fantastique, avec une créature hybride entre l'homme et le poisson qui joue sur l'ambiguïté des deux anatomies.
Le secteur Loverchy et La FabriC
Kruella d'Enfer, avenue de Loverchy

Kruella d'Enfer est le nom d'artiste d'une muraliste portugaise. Son intervention annécienne, face au restaurant Chez Manu sur l'avenue de Loverchy, montre une femme aux cheveux verts devant une corbeille de fruits, dans une palette très saturée qui tranche avec la sobriété du bâtiment.
Benjamin Jeanjean, La FabriC

Sur un flanc du bâtiment de La FabriC, salle d'exposition de plus de deux cents mètres carrés dédiée à l'art et à la scénographie. Benjamin Jeanjean est un artiste d'origine basque qui travaille l'humour noir et la contradiction, dans des tonalités sombres. Ici, un tigre à l'endroit, un tigre à l'envers, et deux crânes au centre.
Hostel Annecy

Juste à côté, toujours avenue de Loverchy, une porte de garage entièrement peinte d'un singe dans la jungle, avec la mention Hostel Annecy en tête de composition. Le genre de pièce que l'on ne cherche pas et qui fait tout le charme du parcours.
Le centre horticole et La Prairie
Lapin, centre horticole

L'artiste Lapin a traité l'intégralité d'un petit bâtiment à l'entrée du centre horticole d'Annecy. Toutes les faces sont peintes, et le sujet est directement lié au lieu puisqu'il décompose les étapes de germination d'une plante. C'est l'exemple le plus abouti du parcours d'une œuvre qui répond à sa fonction.
Les cygnes

Juste en face, deux cygnes dont les cous et les becs dessinent un cœur, surmontés d'une guirlande de guinguette. Le motif est un clin d'œil au lac, à quelques centaines de mètres de là.
Kashink, Bazar Sans Frontières

Kashink est l'une des rares femmes à s'être imposée dans le graffiti français, et elle figure parmi les street artistes français les plus connus. Sa signature est immédiate : des personnages massifs et très colorés dotés de quatre yeux. Elle joue aussi de sa propre apparence en se dessinant une moustache à l'eyeliner. Son mur annécien se trouve devant le magasin Bazar Sans Frontières.
Ludo & Ben, chemin de la Prairie

Réalisée en 2020, cette fresque représente un chien bleu au corps très allongé, vêtu d'un pull marron tacheté de blanc. Chemin de la Prairie, face à l'école IPAC.
MSHL, l'obsession du bleu

Juste en face de la précédente. MSHL, qui se prononce Michel, est un artiste français installé à Montréal, littéralement obsédé par le bleu. Il travaille les nuances naturelles, les formes, le plein et le vide, et sa composition abstraite dialogue directement avec le décor de montagne qui l'entoure.
Le quartier de Chicago
Brokovitch, la fresque faite par les habitants

C'est l'œuvre la plus intéressante du parcours, et il faut connaître son histoire pour la voir correctement. Elle se trouve dans le quartier de Chicago, ainsi surnommé en raison de sa mauvaise réputation à l'époque où il accueillait, en baraquements d'urgence, les habitants relogés après l'incendie du château en 1952.
Pour la réaliser, l'artiste annécien Brokovitch a demandé à chaque habitant de la résidence d'apporter un objet à représenter. Ce qui ressemble de loin à un décor enfantin bariolé est en réalité un portrait collectif, hétéroclite et multiculturel, où chaque élément appartient à quelqu'un. C'est exactement l'inverse d'une commande décorative.
Préparer la visite
| Élément | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Longueur | Environ cinq kilomètres pour le parcours complet |
| Durée | Deux heures minimum à pied, davantage si tu t'arrêtes |
| Difficulté | Terrain quasiment plat, praticable à vélo classique ou électrique |
| Tarif et horaires | Gratuit, en extérieur, visible toute l'année sans réservation |
| Carte papier | Disponible à l'office de tourisme et à la galerie du collectif |
Un dernier conseil : le parcours ne passe pas par la Vieille Ville, c'est voulu. Si tu viens pour la journée, garde le lac et le Palais de l'Isle pour la fin, sinon tu n'iras jamais voir les fresques.
Pour aller plus loin

Tes questions sur le street art à Annecy
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Combien de temps faut-il prévoir ?›








