Le street art dans la publicité

Un passage piéton transformé en frites, un banc public qui devient une barre chocolatée, un abribus qui affiche des phénomènes paranormaux. Le street marketing consiste à emprunter les méthodes du street art pour vendre, et il fonctionne précisément parce qu'il ne ressemble pas à de la publicité. Voici sa définition, ses sept techniques, cinq campagnes devenues des cas d'école, et la question juridique que personne ne traite honnêtement.

À retenir

  • Le street marketing descend du guérilla marketing, concept forgé en 1984 pour les entreprises sans budget.
  • Sept techniques dominent, du détournement de passage piéton au magasin éphémère.
  • Le coût varie du presque rien au très lourd selon la technique choisie.
  • Beaucoup d'opérations flirtent volontairement avec l'illégalité, parce que c'est ce qui fait parler.

Qu'est-ce que le street marketing

Opération de street marketing dans l'espace public

Le street marketing, ou marketing de rue, désigne l'ensemble des actions publicitaires menées dans l'espace public, en général dans des lieux à forte affluence. Son principe tient en une inversion : au lieu d'acheter un emplacement dédié à la publicité, la marque s'installe là où personne n'en attend.

C'est ce déplacement qui fait tout l'effet. Un panneau publicitaire est mentalement filtré avant même d'être lu. Un passage piéton qui n'est pas tout à fait normal oblige le passant à regarder deux fois, et c'est ce deuxième regard qui vaut la campagne. La conséquence est double : le message doit être compris en une seconde, et l'idée doit être forte, faute de quoi le passant ne comprend rien et l'opération est perdue.

Le street marketing n'est pas toujours statique. Il peut prendre vie à travers une distribution, une performance ou un dispositif interactif, et c'est cette part d'interaction directe qui pèse le plus sur la décision d'achat.

Le guérilla marketing, l'ancêtre de 1984

💡 Le savais-tu ?

Le street marketing n'est pas né avec les réseaux sociaux. Il descend directement du guérilla marketing, concept forgé par Jay Conrad Levinson dans un livre paru en 1984. Son idée de départ était l'inverse de ce qu'on croit aujourd'hui : il s'adressait aux petites entreprises qui n'avaient pas les moyens d'une communication classique, et leur proposait d'utiliser l'espace public, parkings, poubelles, bancs, comme support gratuit. Les grandes marques ont récupéré la méthode plus tard, en y mettant des budgets que Levinson n'avait jamais imaginés.

Cette origine explique une caractéristique persistante du genre : les meilleures opérations restent celles qui reposent sur une idée simple et bon marché, pas sur un dispositif coûteux. Le passage piéton repeint coûte mille fois moins cher qu'une installation en réalité augmentée, et il est resté beaucoup plus célèbre.

Technique 1, le magasin éphémère

Magasin éphémère installé dans l'espace public par une marque

Le pop-up store est un point de vente installé pour quelques semaines ou quelques mois, souvent dans un contenant inattendu. Le concept apparaît dans les années 1990 aux États-Unis avant d'être largement adopté par la mode.

Deux exemples classiques figurent sur la photo : une caisse de cargaison en bois posée sur une plage aux Pays-Bas pour H&M, et une boîte à chaussures géante installée à Buenos Aires pour Adidas. Dans les deux cas, le contenant raconte le produit avant même qu'on entre. C'est la technique la plus lourde du lot, puisqu'elle suppose une logistique, une occupation de terrain et du personnel.

Technique 2, le décor urbain

Élément du décor urbain détourné en support publicitaire

C'est le terrain de jeu historique et le moins coûteux. Plaque d'égout, poteau, canalisation, marquage au sol, façade aveugle : tout élément existant peut être relu comme autre chose. Une bouche d'égout devient une tasse de café fumante, un passage piéton devient une portion de frites.

Le rapprochement avec l'art urbain est direct, puisque c'est exactement le mode opératoire du pochoir et de l'installation de rue, décrits dans notre article sur les techniques du street art. La différence n'est pas dans le geste, elle est dans l'intention et dans le commanditaire.

Technique 3, le mobilier urbain

Mobilier urbain transformé pour une campagne publicitaire

Sous ensemble du décor urbain, le mobilier urbain présente un avantage décisif : il est fait pour être utilisé. Un banc, une poubelle, un abribus, une rambarde. Le passant ne se contente pas de regarder l'opération, il s'assoit dessus, ce qui allonge considérablement le temps d'exposition.

C'est aussi la catégorie qui pose le plus de questions d'autorisation, puisque ce mobilier appartient à la collectivité ou à un concessionnaire.

Technique 4, les transports en commun

Campagne publicitaire à l'intérieur d'un transport en commun

L'habillage extérieur d'un bus ou d'un tram est la version connue, et son intérêt tient à la mobilité : le support se déplace et touche plusieurs quartiers dans la même journée. L'intérieur est nettement plus intéressant, et beaucoup moins exploité.

La campagne d'IWC visible sur la photo en est le cas d'école : la marque horlogère a transformé les poignées de maintien du bus en montres, de sorte que le passager voit son propre poignet porter le produit. Cette approche porte un nom dans le métier, le wait marketing, qui consiste à cibler les moments d'attente, là où l'attention est disponible et où il n'y a rien d'autre à regarder.

Technique 5, la distribution d'échantillons

Distribution d'échantillons par une équipe de rue

La plus ancienne et la plus terre à terre, souvent méprisée alors qu'elle reste la seule qui produise un contact humain. Une équipe distribue un produit ou un coupon, répond aux questions, et repart. Le coût n'est pas dans le dispositif mais dans le temps de travail.

Son efficacité tient à un mécanisme simple : goûter, essayer ou tenir un produit engage bien davantage qu'une image, et l'échange verbal permet de lever une objection sur le champ, ce qu'aucun panneau ne fera jamais.

Techniques 6 et 7, réalité augmentée et flash mob

La réalité augmentée superpose une couche numérique à une scène réelle. La campagne la plus citée reste celle de Pepsi Max, qui avait remplacé la vitre d'un abribus londonien par un écran diffusant la rue en direct, avec des éléments impossibles ajoutés à l'image : soucoupe volante, tigre en liberté, tentacule surgissant du sol. Le sujet est traité en profondeur dans notre article sur la réalité augmentée dans l'art urbain.

Le flash mob mobilise un groupe pour une action chorégraphiée surprise dans un lieu public. Danone y a eu recours en 2012 pour un lancement de yaourt, sur le principe d'un monde qui s'arrête au moment où le passant goûte le produit. Une précision utile si tu as lu notre article sur les techniques du street art : le flash mob n'y figure pas, et c'est volontaire. Ce n'est pas une technique de production d'œuvre dans l'espace urbain, c'est une technique d'événementiel. Elle a sa place ici, pas là bas.

Technique Principe Poids budgétaire
Magasin éphémère Un point de vente temporaire dans un contenant inattendu Élevé, logistique et occupation de terrain
Décor urbain Relire un élément existant comme autre chose Faible, c'est l'entrée de gamme du genre
Mobilier urbain Transformer un objet que le passant utilise vraiment Faible à moyen, selon l'autorisation nécessaire
Transports en commun Habiller l'extérieur mobile ou l'intérieur captif Moyen, encadré par la régie publicitaire
Distribution d'échantillons Un contact humain direct et un produit en main Moyen, c'est du coût de personnel
Réalité augmentée Ajouter une couche numérique à une scène réelle Élevé, matériel et développement sur mesure
Flash mob Une action chorégraphiée surprise en lieu public Élevé, répétitions, figurants et captation

McDonald's, le passage piéton devenu frites

Passage piéton transformé en frites pour McDonald's

C'est probablement la campagne de street marketing la plus reproduite au monde. À Zurich, en Suisse, les bandes blanches d'un passage piéton ont été peintes en jaune et prolongées par une barquette rouge dessinée sur la chaussée, transformant le marquage en portion de frites géante.

Sa force tient à trois choses. Elle ne coûte presque rien. Elle est comprise instantanément, sans un mot. Et elle utilise un élément que personne ne peut éviter de regarder, puisqu'il faut le traverser. McDonald's a décliné le procédé sur d'autres supports, notamment un gobelet de café fumant et une cafetière géante en train de remplir une tasse.

Mr Propre, la démonstration par le nettoyage

Passage piéton dont une bande est nettoyée pour Mr Propre

Même support, logique inverse, et c'est ce qui la rend supérieure. Mr Propre n'a rien ajouté sur le passage piéton, la marque a nettoyé certaines bandes en laissant les autres dans leur état d'origine. Le contraste entre le blanc éclatant et le blanc encrassé devient à lui seul la démonstration du produit.

C'est un cas rare de publicité qui ne montre pas le produit et n'affirme rien, mais qui prouve. Et techniquement, c'est du reverse graffiti, c'est à dire du dessin par soustraction de saleté, une pratique qui existe dans l'art urbain indépendamment de toute marque.

Kit Kat, le banc devenu barre chocolatée

Banc public habillé aux couleurs de Kit Kat

Ce n'est pas un coup unique mais une signature récurrente de la marque, qui s'est fait une spécialité de transformer les bancs publics en barre chocolatée. L'idée s'appuie sur la promesse historique de Kit Kat, qui invite à faire une pause. Un banc est exactement l'endroit où l'on en prend une.

La leçon dépasse le cas particulier : les marques qui réussissent en street marketing sont celles qui rendent l'espace public plus utile ou plus agréable, pas celles qui l'encombrent. Un banc reste un banc, il est simplement devenu reconnaissable.

Jeep, l'obstacle transformé en argument

Marquage de stationnement Jeep peint sur un escalier

Le principe consiste à peindre un marquage de place de stationnement à un endroit où aucun véhicule normal ne pourrait se garer, un escalier par exemple. Rien n'est affirmé, l'argument produit se déduit tout seul.

C'est la mécanique la plus proche du pochoir de rue : une intervention minuscule, un support préexistant, et un déplacement de sens qui fait tout le travail. Les partenariats entre marques et artistes urbains sont détaillés dans notre article sur les collaborations entre street art et marques.

Lego, le changement d'échelle

Brique Lego géante soulevée par une grue

Une brique agrandie jusqu'à devoir être portée par une grue de chantier. Le procédé est celui qu'employait déjà Claes Oldenburg avec ses sculptures monumentales d'objets ordinaires : sortir un objet familier de son échelle habituelle suffit à le rendre étrange.

La marque n'a rien à expliquer, l'image dit à la fois le produit, la construction et la démesure du jeu. C'est aussi la campagne la plus coûteuse des cinq, ce qui rappelle que l'effet obtenu n'est pas proportionnel au budget engagé.

Autorisation ou illégalité assumée

⚠️ La zone grise que personne n'assume publiquement

La version officielle veut qu'une autorisation de la collectivité soit nécessaire pour intervenir dans l'espace public. C'est vrai, et c'est aussi la raison pour laquelle une partie du secteur s'en passe.

Marcel Saucet, qui dirige une agence spécialisée et a déposé la marque Street Marketing, le formule sans détour : le passage par le circuit réglementaire est long et juridiquement lourd, peu d'annonceurs l'assument, et l'illégalité contribue à la performance par son effet de surprise. Le bouche à oreille est nettement plus important quand la campagne provoque. Il note aussi qu'un délai légal de réponse écoulé peut valoir accord tacite, ce dont certains acteurs se contentent.

On retrouve donc dans la publicité la question exacte qui structure l'art urbain depuis ses débuts, celle de l'autorisation. À une différence près, et elle est de taille : un graffeur non autorisé risque une condamnation personnelle, une marque risque une amende qu'elle a provisionnée. Le fond du sujet est traité dans notre guide complet du graffiti.

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Et si tu veux l'esthétique urbaine chez toi plutôt que dans la rue, notre collection de tableaux street art en reprend les codes graphiques.

Tes questions sur le street marketing

Qu'est-ce que le street marketing ?
L'ensemble des actions publicitaires menées dans l'espace public, en général dans des lieux à forte affluence. Son principe repose sur une inversion : au lieu d'acheter un emplacement dédié à la publicité, la marque s'installe là où personne n'en attend, ce qui contourne le filtrage mental que subit un panneau classique. Il descend du guérilla marketing, concept formulé par Jay Conrad Levinson en 1984 pour les entreprises sans budget de communication.
Quelles sont les techniques du street marketing ?
Sept dominent. Le magasin éphémère, le détournement du décor urbain, la transformation du mobilier urbain, l'habillage des transports en commun, la distribution d'échantillons, la réalité augmentée et le flash mob. Leur coût va du presque rien pour un marquage au sol repeint jusqu'à des budgets lourds pour un dispositif numérique ou une opération chorégraphiée. Les campagnes les plus mémorables sont rarement les plus chères.
Faut-il une autorisation pour une opération de street marketing ?
En principe oui, dès lors que l'intervention touche l'espace public ou du mobilier appartenant à la collectivité. Dans les faits, des professionnels du secteur reconnaissent que le circuit réglementaire est long et lourd, que peu d'annonceurs l'assument, et que la dimension non autorisée contribue à la performance en générant davantage de bouche à oreille. La question de l'autorisation structure ce métier exactement comme elle structure l'art urbain.
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