Une photo publicitaire, prise pour un film de 1953, reproduite cinquante fois sur une toile. C'est à peu près tout ce qu'il aura fallu à Andy Warhol pour transformer Marilyn Monroe en icône absolue du pop art. Derrière ces images que tu croises partout se cache une histoire plus sombre et plus fascinante qu'il n'y paraît, celle d'une actrice brisée et d'un artiste obsédé par la célébrité et la mort.
- Marilyn Monroe, née Norma Jeane Baker en 1926, meurt à 36 ans en août 1962.
- Warhol réalise plus de vingt sérigraphies d'elle dans les quatre mois suivant sa mort.
- Toutes reposent sur la même photo publicitaire du film Niagara de 1953.
- En 2022, une de ces œuvres s'est vendue 195 millions de dollars chez Christie's.
Qui était Marilyn Monroe
Marilyn Monroe naît à Los Angeles le 1er juin 1926, sous le nom de Norma Jeane Mortenson. Elle sera plus tard baptisée Norma Jeane Baker, du nom de sa mère. Son enfance est marquée par l'absence : elle n'a jamais connu son père, et sa mère comme ses grands-parents maternels sont internés en établissement psychiatrique. Elle grandit entre familles d'accueil et orphelinat.
Victime d'agressions dès l'âge de onze ans, elle trouve une échappatoire dans le mariage. En 1942, à seize ans, elle épouse Jimmy Dougherty, bientôt envoyé dans le Pacifique Sud pendant la guerre. C'est en travaillant dans une usine de munitions en Californie qu'un photographe la remarque.

Elle devient mannequin, divorce en 1946 et signe la même année un contrat avec la 20th Century Fox. C'est à ce moment qu'elle adopte le nom de scène qu'on lui connaît et se teint les cheveux en blond. Après plusieurs petits rôles, sa véritable révélation arrive en 1953 avec Niagara, un thriller où elle incarne une épouse adultère complotant contre son mari. Ce film comptera plus tard, pour une raison qu'elle n'aurait jamais imaginée.
Suivent Les hommes préfèrent les blondes et Comment épouser un millionnaire, tous deux en 1953, qui la propulsent au sommet d'Hollywood. En janvier 1954, elle épouse le joueur de baseball Joe DiMaggio. Le mariage ne tient que neuf mois, l'homme supportant mal l'image sexy et la célébrité de sa femme. Ils resteront pourtant amis : après la mort de l'actrice, DiMaggio fera déposer des roses sur sa tombe plusieurs fois par semaine, jusqu'à sa propre disparition en 1999.
Cherchant des rôles plus profonds, elle étudie à l'Actors Studio de New York et récolte de bonnes critiques pour Arrêt d'autobus en 1956 et surtout Certains l'aiment chaud en 1959. Mais sa vie personnelle se délite. Son troisième mariage, avec le dramaturge Arthur Miller, s'achève en 1961, année où elle est hospitalisée à deux reprises pour repos psychiatrique. Son dernier film, Les désaxés, sort la même année.
En juin 1962, le studio la licencie après des absences répétées sur un tournage qui ne sera jamais achevé. Le 5 août 1962, elle est retrouvée morte d'une overdose de barbituriques à son domicile de Brentwood. Elle avait trente-six ans.
Warhol face à la mort d'une icône
Andy Warhol, né à Pittsburgh en 1928, est alors l'un des artistes commerciaux les plus en vue. En 1961, il lance le phénomène pop art avec ses peintures de produits de consommation, dont les fameuses boîtes de soupe Campbell.
En août 1962, il commence tout juste à expérimenter la sérigraphie dans son atelier new-yorkais. Quand Monroe meurt ce même mois, il est bouleversé. Il déniche une photo publicitaire de Niagara signée du photographe Gene Kornman, recadre le visage, et lance une série. Dans les quatre mois qui suivent, il réalise plus de vingt sérigraphies de l'actrice, toutes tirées de ce cliché unique.
Warhol trouve chez Monroe la fusion de ses deux obsessions : la mort et le culte de la célébrité. En répétant le même visage à l'infini, il évoque son omniprésence dans les médias, et la transforme en masque figé.
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Gold Marilyn Monroe, 1962
Gold Marilyn Monroe est la première représentation de l'actrice par l'artiste. Sur une immense toile peinte à la feuille d'or, un petit visage de Marilyn, perdu au centre. L'effet évoque une icône religieuse byzantine, un objet de vénération.
L'œuvre figurait dans la première exposition new-yorkaise de Warhol, à la Stable Gallery en novembre 1962. L'architecte Philip Johnson l'y achète, avant d'en faire don au Museum of Modern Art de New York, où elle est toujours conservée.

Marilyn Diptych, 1962
Le Marilyn Diptych est l'œuvre la plus célèbre de la série, et l'une des plus influentes du vingtième siècle. Réalisée dans les semaines suivant la mort de l'actrice, elle rassemble cinquante images du même visage : vingt-cinq en couleurs vives à gauche, vingt-cinq en noir et blanc à droite, de plus en plus effacées.
Cette opposition entre l'éclat coloré et l'effacement progressif est généralement lue comme le passage de la vie à la mort, de la gloire à la disparition. Le format même du diptyque renvoie à la peinture chrétienne, qui représentait la Vierge sur un panneau et la crucifixion sur l'autre. Une manière de souligner l'idolâtrie dont Monroe faisait l'objet.
L'œuvre est aujourd'hui conservée à la Tate Modern de Londres, qui l'a acquise en 1980 auprès des collectionneurs Tremaine.
Le Marilyn Diptych n'était pas prévu comme une seule œuvre. Warhol avait peint deux toiles séparées, l'une en couleurs, l'autre en noir et blanc. C'est la collectionneuse Emily Tremaine qui, en visitant l'atelier, a suggéré de les présenter ensemble comme un diptyque. La réponse de Warhol tient en trois mots : "Gee whiz yes". L'une des œuvres les plus commentées de l'art moderne doit donc son existence à une remarque de visiteuse.
Le portfolio Marilyn Monroe, 1967
Cinq ans après les premières séries, Warhol reprend exactement la même photographie de Niagara pour créer un portfolio de dix sérigraphies. Chaque tirage décline le visage dans une combinaison de couleurs différente, en gros plan, dans un format carré.
Ce sont ces images aux teintes franches, cheveux jaunes, paupières colorées, lèvres rouges, qui circulent le plus aujourd'hui et que l'on retrouve reproduites partout.

Une icône à 195 millions de dollars
En 1964, Warhol peint une série de cinq toiles carrées du même visage, chacune sur un fond de couleur différent. L'une d'elles, Shot Sage Blue Marilyn, est devenue en mai 2022 l'œuvre du vingtième siècle la plus chère jamais vendue aux enchères : 195 millions de dollars chez Christie's à New York, adjugée en moins de quatre minutes.
Ce montant dit quelque chose du chemin parcouru. Une photo publicitaire de studio, récupérée et reproduite en série par un artiste qui revendiquait la culture de masse, vaut aujourd'hui davantage que la plupart des chefs-d'œuvre classiques.
Marilyn, toujours une source d'inspiration
Plus de soixante ans après sa mort, le visage de Marilyn Monroe continue d'alimenter la création contemporaine. Les artistes urbains s'en emparent régulièrement, en le détournant, en le mêlant à d'autres icônes ou en jouant sur les codes hérités de Warhol.
Cette permanence tient sans doute à ce que Warhol avait compris le premier : Marilyn n'est plus tout à fait une personne, elle est devenue un signe. Un visage que chacun reconnaît sans effort, et sur lequel chaque époque projette ce qu'elle veut y voir.
Tes questions sur Marilyn Monroe dans l'art
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D'une photo de tournage à une toile à 195 millions, le visage de Marilyn Monroe raconte à lui seul l'histoire du pop art. Si cet univers te parle, parcours notre collection de tableaux street art et trouve la pièce qui fera vibrer ton mur.








