Blek le Rat, le père du pochoir dans le street art

On attribue souvent l'invention du pochoir de rue à Banksy. C'est faux d'une décennie et d'un pays. La technique est née à Paris en 1981, sous la bombe d'un étudiant en architecture qui signait Blek le Rat, et Banksy lui même reconnaît sa dette. Voici l'histoire de l'homme qui a fait du pochoir un langage urbain, et celle de l'école française qu'il a ouverte derrière lui.

À retenir

  • Le pochoir de rue naît à Paris en 1981, pas à New York dans les années 1970.
  • Blek le Rat choisit le pochoir contre le lettrage américain, parce qu'il le juge mieux adapté à l'architecture parisienne.
  • Le mot rat est l'anagramme d'art, et ce n'est pas un hasard.
  • Une condamnation en justice l'a poussé en 1992 à changer complètement de technique.

Avant 1981, le pochoir n'était pas un art de rue

Le pochoir est un outil vieux de plusieurs siècles, utilisé pour marquer des caisses, imprimer des affiches ou reproduire des motifs décoratifs. Ce qui manque avant le début des années 1980, c'est son usage comme moyen d'expression artistique dans l'espace public.

La scène new-yorkaise des années 1960 et 1970, celle des trains et du métro, ne travaille pas au pochoir. Elle travaille le lettrage à main levée, la signature, la typographie déformée. C'est un art du nom, pas de l'image. En France, Ernest Pignon-Ernest intervient dans la rue dès 1966, mais par le collage d'images sérigraphiées, pas par le pochoir. Le pochoir de rue, comme pratique et comme mouvement, commence bien à Paris en 1981.

Qui est Blek le Rat

Derrière le pseudonyme se trouve Xavier Prou, né au début des années 1950 à Boulogne-Billancourt, dans la banlieue ouest de Paris. Les sources divergent entre 1951 et 1952, parfois à l'intérieur d'une même notice, donc prudence sur ce point. Il suit des études d'architecture, et c'est un voyage à New York en 1971 qui lui fait découvrir le graffiti.

Quatre dates qui résument son parcours

1971, un voyage à New York lui fait découvrir le graffiti américain.

1981, premiers rats au pochoir sur les murs des 14e et 18e arrondissements de Paris.

1983, une silhouette de vieil homme grandeur nature le fait connaître hors de France.

1992, une condamnation en justice le pousse à abandonner la peinture directe sur les murs.

Il commence à deux, sous le nom collectif Blek, emprunté au héros de bande dessinée Blek le Roc. Son associé quitte l'aventure au bout de deux ans, et Xavier Prou continue seul sous le nom qui lui restera. En 1985, il participe à Bondy à la première rencontre du mouvement graffiti et art urbain français, aux côtés de Speedy Graphito, Miss.Tic, Jef Aérosol, Epsylon Point, Kim Prisu et Futura 2000.

Pourquoi le pochoir plutôt que le lettrage

C'est le choix fondateur, et il n'est pas technique mais architectural. Blek le Rat rentre de New York fasciné, mais il constate que le lettrage géant conçu pour les rames de métro et les pignons aveugles américains ne fonctionne pas sur les façades haussmanniennes, plus étroites, plus ornées, plus rythmées par les fenêtres. Il lui faut un format court, lisible de près, qui s'insère dans un mur plutôt que de le recouvrir.

Critère Le lettrage new-yorkais Le pochoir parisien
Ce qui est montré Le nom de l'auteur, travaillé comme une typographie Une image, une silhouette, une figure reconnaissable
Temps passé sur place Long, l'œuvre se construit sur le mur Quelques secondes, tout est préparé en atelier
Lecture par un passant Code interne au milieu, illisible pour le profane Immédiate, aucune initiation nécessaire
Reproductibilité Chaque pièce est unique et refaite à la main Un même patron ressert dans dix villes

Ce tableau explique aussi pourquoi le pochoir a fini par gagner l'audience mondiale que le lettrage n'a jamais eue auprès du grand public. Il parle à tout le monde. Notre article sur les techniques du street art replace le pochoir parmi les huit autres méthodes du mouvement.

Le rat, un choix qui dit tout

💡 Le savais-tu ?

Le motif du rat n'a rien d'un caprice graphique. D'abord parce que rat est l'anagramme exacte du mot art. Ensuite pour une raison que l'artiste a lui même formulée : le rat est le seul animal libre dans la ville. Et enfin parce qu'il se propage partout sans qu'on puisse l'arrêter, exactement comme le street art allait le faire. Trois idées dans un animal de trente centimètres, c'est très exactement la définition d'un bon pochoir.

Le reste de son répertoire suit la même logique : des figures solitaires face à des groupes plus grands, des personnages seuls sur un mur, et à partir de 2006 une série entière consacrée aux sans abri, représentés debout, assis ou allongés sur les trottoirs. L'objectif est constant depuis 1981, rendre visible ce que la ville ne regarde pas.

1992, la condamnation qui change sa technique

L'épisode est peu raconté et c'est pourtant le plus intéressant de sa carrière, parce qu'il montre comment le droit façonne une pratique artistique.

⚠️ Du mur à l'affiche collée

En 1992, Blek le Rat est condamné par le tribunal correctionnel à une forte amende pour dégradation de biens appartenant à autrui. À partir de là, il cesse de peindre directement sur les murs.

Sa solution est élégante : il peint désormais ses pochoirs sur des affiches, puis colle ces affiches en rue. Le geste devient réversible, l'œuvre se décolle, et l'infraction change de nature. Un artiste qui reconfigure sa technique à cause d'un jugement, c'est un cas d'école.

Ce basculement le rapproche d'ailleurs du collage, l'autre grande famille du street art. Les questions juridiques que soulève ce genre de pratique, propriété du mur, droit moral et exploitation des images, sont traitées dans notre article consacré au droit d'auteur dans le street art.

L'école française du pochoir

Blek le Rat n'est pas resté seul longtemps, et la scène française du pochoir des années 1980 est l'une des plus riches au monde. Miss.Tic associe silhouettes féminines et jeux de mots peints, dans un registre qui n'appartient qu'à elle. Jef Aérosol travaille le portrait au pochoir en noir et blanc, souvent accompagné de sa flèche rouge. Speedy Graphito, Epsylon Point et Kim Prisu complètent une génération qui s'est structurée très vite.

Leur point commun est technique autant qu'esthétique : la postérisation. Réduire une photographie à quelques niveaux de contraste permet de la découper en couches superposables, et c'est ce qui rend possible un portrait fidèle au pochoir. C'est encore aujourd'hui la base du travail de C215 et de la plupart des pochoiristes contemporains. Si tu veux passer à la pratique, notre tutoriel sur comment peindre un pochoir à la bombe détaille la méthode complète.

Blek le Rat et Banksy

La filiation n'est pas une hypothèse de commentateurs, elle est assumée. Banksy commence ses pochoirs à Bristol dans les années 1990, soit une décennie après les premiers rats parisiens, et il reconnaît explicitement l'influence de son aîné. La confusion entre les deux est d'ailleurs si fréquente que Blek le Rat s'est retrouvé plusieurs fois à voir ses propres œuvres attribuées à l'Anglais.

Le rat comme motif, la figure isolée, la lisibilité immédiate, la vitesse d'exécution comme réponse au risque juridique : tout le vocabulaire est en place avant Banksy. Ce qui change avec lui, c'est l'échelle médiatique, pas la grammaire. Pour la partie technique, notre article sur comment reconnaître une œuvre de Banksy détaille les marqueurs, et tu y retrouveras exactement les principes posés à Paris en 1981.

Pour découper tes propres motifs sans passer par l'étape atelier, nos pochoirs street art sont livrés prêts à l'emploi en PVC souple réutilisable.

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Tes questions sur Blek le Rat

Qui est Blek le Rat ?
Xavier Prou, artiste français né au début des années 1950 à Boulogne-Billancourt, décrit comme le père du pochoir dans le street art. Étudiant en architecture, il découvre le graffiti lors d'un voyage à New York en 1971, puis commence en 1981 à peindre des rats au pochoir dans les 14e et 18e arrondissements de Paris. Son pseudonyme vient de la bande dessinée Blek le Roc.
Blek le Rat a-t-il inspiré Banksy ?
Oui, et Banksy le reconnaît explicitement. Le Britannique commence ses pochoirs à Bristol dans les années 1990, soit une décennie après les premiers rats parisiens. Le motif du rat, la figure isolée, la lisibilité immédiate et la rapidité d'exécution comme réponse au risque juridique sont tous présents chez Blek le Rat avant lui. Leurs œuvres sont d'ailleurs régulièrement confondues.
Pourquoi Blek le Rat peint-il des rats ?
Pour trois raisons qui se superposent. Le mot rat est l'anagramme exacte du mot art. L'artiste considère par ailleurs le rat comme le seul animal réellement libre dans la ville. Et il se propage partout sans qu'on puisse l'arrêter, à l'image de ce qu'allait devenir le street art. Le motif est aussi ce qui lui a donné son pseudonyme définitif.
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